Chaque 3 décembre, le monde célèbre la Journée internationale des personnes en situation de handicap, une date consacrée à la promotion des droits, de la dignité et de l’inclusion des personnes vivant avec un handicap. En République démocratique du Congo (RDC), cette journée prend une dimension profondément humaine, surtout dans les provinces meurtries par les conflits armés, notamment l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Dans ces régions, le handicap n’est pas seulement une condition de naissance ou une maladie : il est souvent le résultat direct de la guerre.
Le handicap, une conséquence silencieuse des conflits
Les conflits armés à l’Est de la RDC ont laissé derrière eux des milliers de victimes: amputations dues aux balles, traumatismes causés par les explosions, handicaps moteurs, sensoriels ou psychologiques. À cela s’ajoutent les violences sexuelles, dont de nombreuses survivantes vivent aujourd’hui avec des séquelles physiques et mentales irréversibles. En Ituri, les affrontements intercommunautaires ont produit de nombreux blessés devenus invalides sans accès à une prise en charge adaptée. Au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les combats répétés, les déplacements massifs de populations et la présence de groupes armés exposent continuellement les civils au risque de handicap permanent. Pour ces populations, vivre avec un handicap signifie souvent vivre avec la pauvreté, l’exclusion et l’abandon.
Une double peine : être handicapé dans une zone de guerre
Dans les provinces stables, les personnes vivant avec un handicap font déjà face à d’énormes défis. Mais dans les zones en conflit, la situation devient une double, voire une triple peine : Accès quasi inexistant aux soins spécialisés (rééducation, prothèses, soutien psychologique). Difficulté d’accès à l’éducation, surtout pour les enfants handicapés déplacés par la guerre. Précarité extrême dans les camps de déplacés, où les infrastructures ne sont pas adaptées. Stigmatisation sociale persistante, parfois liée à des croyances culturelles. Manque de protection face aux violences et aux abus. Dans de nombreux camps autour de Goma, Bunia, Beni ou Uvira, etc. les personnes handicapées sont souvent les dernières à recevoir de l’aide humanitaire et les premières à souffrir de son absence.
Le 3 décembre: plus qu’une célébration, un cri d’alarme
En RDC, la Journée internationale du 3 décembre est souvent marquée par : des marches de sensibilisation, des messages de plaidoyer des organisations des personnes vivant avec handicap, des activités culturelles et éducatives, parfois des engagements symboliques des autorités. Mais dans l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, cette journée ressemble davantage à un cri d’alarme qu’à une célébration. Les acteurs de la société civile y rappellent que: « On ne peut pas parler d’inclusion sans parler de la sécurité, de la paix et de la fin des violences. » Sans la paix, les politiques d’inclusion restent fragiles, incomplètes et souvent théoriques.
Ce que réclament les personnes handicapées dans les zones de conflit
Les revendications des personnes vivant avec handicap dans les zones de guerre sont claires :
1. Une prise en charge médicale spécialisée gratuite pour les victimes devenues handicapées à cause des conflits.
2. L’accessibilité de l’aide humanitaire dans les camps de déplacés.
3. L’inclusion dans les programmes de relèvement et de reconstruction.
4. L’accès à l’éducation pour les enfants handicapés déplacés.
5. La protection contre les violences, les abus et la discrimination.
6. Une loi réellement appliquée, et non seulement adoptée sur papier.
Handicap et paix : un combat indissociable
La situation de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu montre clairement que la lutte pour les droits des personnes handicapées est indissociable de la lutte pour la paix. Chaque balle tirée, chaque explosion, chaque attaque crée potentiellement de nouveaux handicapés. Et chaque jour sans paix est un jour de plus où leurs droits restent fragilisés.
Le 3 décembre, un devoir de mémoire et d’engagement
En RDC, et particulièrement dans les provinces en guerre, le 3 décembre ne doit jamais être une simple date symbolique. Il doit être: un moment de compassion, un temps de réflexion collective, un appel à l’action pour l’État, les partenaires humanitaires et la communauté internationale. Penser aux personnes handicapées en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, c’est rappeler que la guerre ne s’arrête pas avec la fin des combats: elle continue dans les corps, dans les esprits et dans les vies brisées. Tant que la paix ne sera pas durable, la Journée internationale des personnes en situation de handicap en RDC restera aussi une journée de deuil, de résistance et d’espoir.
