La République démocratique du Congo (RDC) fait actuellement face à une grave crise humanitaire qui affecte profondément l’éducation et les droits humains. La violence persistante dans la région a provoqué le déplacement de millions de personnes, l’enlèvement d’enseignants et la transformation des écoles en zones de conflit. Rien que l’année dernière, l’intensification des combats au Nord-Kivu a entraîné la fermeture de 540 écoles, privant de nombreux enfants d’opportunités d’apprentissage essentielles (Save the Children, 2024).
L’éducation en RDC
Cette crise compromet des décennies de progrès éducatifs en RDC, où d’importants efforts avaient été réalisés pour élargir l’accès à l’école. La fréquentation scolaire primaire a fortement augmenté au cours des dernières décennies, avec un taux net de scolarisation passant de 52 % en 2001 à 78 % en 2018 (UNICEF, 2024).
Malgré ces avancées, le pays continue de faire face à des obstacles structurels à l’éducation. Environ 7,6 millions d’enfants ne sont pas scolarisés, et la moitié des filles âgées de 5 à 17 ans ne vont pas à l’école (UNICEF, 2024). Bien que le gouvernement propose l’éducation primaire gratuite, les familles vivant dans une extrême pauvreté ont du mal à couvrir les frais d’inscription, les uniformes et le matériel scolaire (UNICEF, 2024). L’enseignement secondaire reflète ces disparités : seules 44 % des filles sont scolarisées contre 70 % des garçons (UNESCO, 2024). Les taux d’achèvement suivent la même tendance : 51,4 % des filles et 63,5 % des garçons terminent le secondaire (UNESCO, 2024). Au niveau supérieur, l’inscription reste extrêmement faible, avec seulement 5 % des femmes et 8 % des hommes poursuivant des études supérieures en 2020 (UNESCO, 2024).
Le système éducatif congolais souffre également de mauvaise gestion financière et de ressources insuffisantes. De nombreux enseignants parmi les 500 000 du pays n’ont pas été rémunérés pendant des années, obligeant les parents à couvrir leurs salaires (Brant et al., 2021). Cette situation contraint les enseignants à cumuler plusieurs emplois, réduisant leur temps, leur énergie et la qualité de l’enseignement (Brant et al., 2021).
Le conflit croissant accentue les problèmes existants tels que les inégalités de genre, les obstacles liés à la pauvreté et les infrastructures scolaires fragiles. La fermeture de centaines d’écoles limite encore davantage les opportunités, privant un nombre croissant d’enfants d’accès à l’éducation.
La violence au Nord-Kivu
La RDC endure des décennies de conflits, avec plus de six millions de morts et des millions de déplacés depuis 1996 (CFR, 2024). La première guerre du Congo a éclaté après le génocide rwandais, lorsque les troupes rwandaises et les milices tutsi ont envahi l’est du pays. Cette invasion, soutenue par l’Ouganda, le Burundi et l’ancien leader de l’opposition Laurent Kabila, était justifiée par les autorités rwandaises comme un moyen de neutraliser les groupes hutu menaçant les survivants tutsi. Si certains militants ont été ciblés, la majorité des victimes étaient des civils et des réfugiés (CFR, 2024).
La seconde guerre du Congo, en 1998, a aggravé les tensions entre groupes armés et gouvernements régionaux. Les attaques ciblées contre les communautés hutu ont été qualifiées de crimes de guerre, suscitant une condamnation internationale. L’assassinat du président Kabila et la succession par son fils ont marqué une nouvelle période de turbulence (CFR, 2024). Malgré des accords de paix entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, des factions rebelles comme le M23, les Forces démocratiques alliées (ADF) et des groupes affiliés à l’ISIS ont continué d’émerger, alimentant l’instabilité (Lawal, 2024).
L’abondance de ressources naturelles au Nord-Kivu, notamment de minéraux rares, attire l’intérêt international de la Chine et des entreprises technologiques américaines, compliquant davantage les conflits locaux.
Les élections nationales de 2023, marquées par la violence et la fraude, ont entraîné une escalade des affrontements entre le M23 et l’ADF en février 2024, provoquant une crise humanitaire majeure. Les écoles au Nord-Kivu ne subissent pas seulement les effets indirects du conflit mais sont également ciblées directement : 23 ont été saisies, 10 attaquées et 29 transformées en abris d’urgence (Save the Children, 2024). Les enseignants et les élèves sont en proie à l’enlèvement, et l’insécurité empêche la scolarité normale.
Conflit et éducation
Les conséquences du conflit sur l’éducation vont au-delà des perturbations immédiates. La pauvreté force souvent les enfants, en particulier les filles, à travailler au lieu d’aller à l’école, tandis que la violence prolongée entraîne des retards générationnels en matière de développement social et économique (Mlaba, 2023). La relation entre l’éducation et le conflit est complexe et non linéaire, les effets à long terme se manifestant souvent sur plusieurs décennies (Novelli & Cardozo, 2008).
Réponses éducatives d’urgence
Les organisations internationales ont tenté de limiter ces effets en promouvant une éducation sensible aux conflits. L’UNICEF, le département de la protection civile et de l’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) et le Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) ont collaboré à la construction de trois espaces d’apprentissage temporaires (UNICEF, 2024). Réalisées en quelques semaines avec des matériaux locaux et le soutien des communautés, ces classes ont permis à des dizaines d’enfants de poursuivre leurs études. En plus de l’enseignement académique, les élèves développent des compétences sociales essentielles en interagissant avec des pairs issus d’autres communautés.
Cependant, avec près de 750 000 enfants actuellement hors de l’école à cause du conflit, l’ampleur des besoins dépasse largement les efforts en cours (UNICEF, 2023).
Conclusion
Garantir la paix et le développement durable en RDC – et dans le monde – nécessite de prioriser l’éducation pour tous les enfants. En protégeant les écoles, en soutenant les enseignants, en enseignant l’histoire et la pensée critique et en investissant dans la reconstruction, la RDC peut progresser vers une société plus équitable et stable. Bien que l’éducation puisse ne pas sembler la priorité immédiate en temps de conflit, elle constitue un outil essentiel pour la paix et le développement à long terme.
