Malgré l’instauration de l’état de siège censé restaurer l’autorité de l’État et protéger les populations civiles, la localité de Nioka demeure le théâtre d’actes de kidnapping, pillages et vols attribués au groupe armé CODECO. Ces violences récurrentes ravivent une interrogation profonde au sein de la population : comment un groupe armé accusé de telles exactions peut-il être associé, même indirectement, à l’appellation de Wazalendo ?
Insécurité persistante à Nioka : une population éprouvée
A Nioka, la peur s’est installée comme une routine. Des habitants rapportent des enlèvements ciblés, des pillages de biens et des vols systématiques, compromettant la liberté de circulation, l’activité économique et la cohésion sociale. Cette situation contraste fortement avec les objectifs officiellement assignés à l’état de siège en Ituri, à savoir la neutralisation des groupes armés, la protection des civils et le rétablissement de la paix durable. Face à cette réalité, une question revient avec insistance dans les débats communautaires : l’état de siège répond-il encore aux attentes sécuritaires des populations locales ?
De milice armée à Wazalendo : une interrogation politique majeure
L’appellation Wazalendo, qui signifie « patriotes » ou « défenseurs de la patrie », renvoie dans l’imaginaire collectif à des citoyens engagés dans la défense de l’intégrité territoriale et de la population, en appui à l’État, et non contre celui-ci. La reconnaissance ou la tolérance de certains groupes armés sous cette dénomination soulève donc une question politique fondamentale : quels sont les critères qui ont permis au gouvernement de reconnaître ou de considérer uniquement la CODECO sous cette logique en Ituri ? En l’absence de communication officielle claire, cette situation entretient une confusion dangereuse entre : groupes d’autodéfense Communautaire, forces supplétives et milices responsables d’exactions. Or, toute ambiguïté dans la qualification des acteurs armés fragilise la lisibilité de l’action de l’État et alimente la méfiance des populations.
Les actes reprochés sont-ils compatibles avec le statut de Wazalendo ?
Du point de vue juridique, les actes de kidnapping, pillage et vol constituent des infractions pénales graves au regard du droit congolais, notamment du Code pénal, et peuvent également relever du droit international humanitaire lorsqu’ils sont commis contre des civils. En droit, aucun groupe armé ne peut se prévaloir d’une légitimité patriotique s’il : viole les droits fondamentaux des civils, agit en dehors de toute chaîne de commandement légale, refuse la discipline, la responsabilité et le contrôle de l’État. Les principes fondamentaux de la morale militaire — discipline, protection des populations, respect de l’autorité légitime — sont incompatibles avec des pratiques assimilables à la prédation armée. À ce titre, les actes attribués à la CODECO à Nioka ne correspondent pas aux valeurs ni aux obligations associées à la notion de Wazalendo.
Impact social : une confiance brisée entre population et institutions
Sur le plan social, cette situation a des conséquences profondes : perte de confiance envers les institutions sécuritaires, sentiment d’abandon des communautés locales, montée des tensions intercommunautaires et fragilisation du tissu économique local. Lorsque les populations ne distinguent plus clairement l’ennemi de celui censé les protéger, c’est l’autorité morale de l’État qui s’érode progressivement.
État de siège en Ituri : une exigence de clarté et de cohérence
L’état de siège impose une responsabilité accrue aux autorités militaires et civiles investies de pouvoirs exceptionnels. Cette responsabilité implique : une identification claire des groupes armés, une tolérance zéro envers toute exaction contre les civils, une communication transparente sur les critères de collaboration ou de rejet des groupes armés. La confusion autour du statut de certains acteurs armés affaiblit l’objectif même de l’état de siège et expose l’État à des critiques légitimes sur la cohérence de sa stratégie sécuritaire.
Recommandations
- Clarification officielle du statut des groupes dits Wazalendo: Le gouvernement doit publier des critères clairs, juridiques et opérationnels définissant ce statut, ainsi que les mécanismes de contrôle et de sanction.
- Enquête indépendante sur les exactions à Nioka: Toute allégation de kidnapping, pillage ou vol doit faire l’objet d’enquêtes impartiales et de poursuites judiciaires.
- Rappel strict des principes de discipline militaire: Aucun acteur armé ne peut être toléré en dehors du cadre légal, de la hiérarchie et du respect des civils.
- Protection prioritaire des populations civiles: La finalité de toute opération sécuritaire demeure la sécurité des citoyens, non la coexistence ambiguë avec des groupes violents.
La situation sécuritaire à Nioka pose une question centrale sur la cohérence de la politique sécuritaire en Ituri. Un groupe armé qui se rend coupable de kidnappings, de pillages et de vols ne peut, ni moralement ni juridiquement, incarner l’esprit des Wazalendo. Pour préserver la crédibilité de l’état de siège, restaurer la confiance des populations et honorer la discipline militaire, l’État congolais est appelé à trancher avec clarté, agir avec fermeté et communiquer avec transparence.
François AGENONG’A UMIRAMBE, Esprit patriotique La conviction avant l’action
