Une inquiétude profonde traverse aujourd’hui la communauté Alur de la province du Haut-Uélé, réunie sous la structure JAL et CADEMA ASBL (CADEMA/JAL/H.U). A travers une correspondance officielle adressée à l’Administrateur du territoire de Mahagi, cette communauté dénonce avec gravité un phénomène préoccupant : le déplacement massif d’enfants mineurs vers les zones minières du Haut-Uélé, en violation flagrante des lois de la République démocratique du Congo.
Une migration silencieuse mais dangereuse
Depuis plusieurs mois, un mouvement migratoire s’observe entre le territoire de Mahagi (Ituri) et certaines entités minières du Haut-Uélé, notamment Durba. Ce déplacement, loin d’être anodin, concerne des enfants mineurs, parfois non accompagnés, exposés à des conditions de vie et de travail incompatibles avec leur âge. Dans un territoire essentiellement agricole comme Mahagi, confronté à une forte pression démographique et à un chômage juvénile croissant, la tentation de l’eldorado minier devient un mirage dangereux. Mais cette quête de survie économique ne saurait justifier l’abandon des principes fondamentaux de protection de l’enfance.
Des pratiques administratives troublantes
Plus alarmant encore, la communauté Alur relève l’usage abusif d’attestations de perte de pièces d’identité, documents qui ne concernent en réalité que les cartes d’enrôlement, alors même que ces enfants n’ont pas l’âge légal requis pour en être titulaires. Ces pratiques ouvrent la voie à des fraudes administratives, facilitant l’accès illégal des mineurs aux sites d’exploitation minière. Cette situation soulève de lourdes interrogations sur la responsabilité de certains acteurs locaux, qu’ils soient administratifs, économiques ou communautaires.
Un cadre juridique pourtant clair et contraignant
Sur le plan juridique, la législation congolaise est sans ambiguïté :
- Le Code du travail de la RDC (articles 6, 8 et 187 bis) interdit strictement le travail des enfants dans les mines et les carrières.
- La Loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant qualifie de pires formes de travail des enfants toute activité minière exercée par un mineur.
- La RDC est également signataire des Conventions n°138 et n°182 de l’OIT, engageant l’État à éradiquer le travail des enfants, en particulier dans les secteurs dangereux.
Ainsi, toute implication d’enfants mineurs dans l’exploitation minière constitue non seulement une violation des droits humains, mais aussi une infraction pénale engageant la responsabilité de ses auteurs et complices.
Une interpellation responsable des autorités locales
Face à l’urgence, Monsieur Olivier UAYKANE, membre de l’équipe de coordination de la communauté Alur du Haut-Uélé basée à Durba, accompagné de l’ingénieur Claude BEDIJO JATHO, s’est rendu auprès de l’Administrateur militaire du territoire de Mahagi pour présenter le rapport de rapatriement de sept mineurs rapatriés. Selon les informations recueillies, l’autorité territoriale a accueilli cette démarche avec un intérêt manifeste et a promis de s’impliquer personnellement afin de : décourager les réseaux impliquant des mineurs dans les activités minières ; renforcer la sensibilisation communautaire ; rappeler aux intervenants économiques leurs obligations légales.
Une responsabilité collective
Cette affaire dépasse le cadre d’un simple fait divers. Elle interpelle : les chefferies traditionnelles ; les services de l’État, notamment la DGM, l’administration territoriale et les services sociaux ; la société civile ; les opérateurs économiques et miniers. La protection de l’enfant n’est ni négociable ni circonstancielle. Elle constitue un pilier de l’État de droit et un indicateur de la maturité sociale d’une nation.
Entre dignité humaine et avenir collectif
A travers cette alerte, la communauté Alur du Haut-Uélé rappelle une vérité fondamentale : un pays qui sacrifie ses enfants sur l’autel de la survie économique hypothèque son avenir. L’exploitation minière, moteur économique potentiel, ne peut prospérer durablement que dans le respect strict de la loi, de l’éthique et de la dignité humaine. L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par indifférence ou cupidité, ferment les yeux sur l’exploitation des plus vulnérables. A Mahagi comme au Haut-Uélé, l’heure est à l’action responsable, coordonnée et conforme à la loi.
