La province de l’Ituri traverse une période de profonde inquiétude après la diffusion de la lettre de Son Excellence Monsieur le Ministre des Infrastructures et Travaux Publics, instruisant la suspension de la signature du contrat de concession des travaux et services entre l’Office des Routes et la société Good News Africa SARLU. Cette instruction, tombée comme un couperet alors que la Route Nationale n°27 (RN27) se trouve dans un état de délabrement critique, a provoqué un choc dans l’opinion publique et suscité une vague d’interrogations. Pour les populations de Bunia, Djugu, Irumu, Mahagi, ainsi que pour les transporteurs, les opérateurs économiques et même les services douaniers de l’État, cette décision représente un véritable recul, un risque d’enlisement prolongé d’une situation déjà insupportable. Car ce qui se joue ici n’est pas seulement un projet routier suspendu : c’est l’avenir économique, social, humanitaire et sécuritaire d’une province déjà éprouvée par des années d’instabilité
Un état des lieux alarmant: la RN27 n’est plus une route, mais un piège permanent
Depuis plusieurs années, la RN27 se dégrade sans intervention significative. Aujourd’hui, les conditions de circulation sont devenues catastrophiques : crevasses larges de plusieurs mètres, tronçons entièrement transformés en bourbiers, ponts en décomposition, véhicules abandonnés, accidents fréquents et délais de transport multipliés par trois ou quatre. Les transporteurs, pourtant habitués aux routes difficiles du Congo, avouent que « la RN27 n’a jamais été aussi impraticable ». Des camions se retrouvent coincés pendant des journées entières, bloquant des colonnes de véhicules longs de plusieurs kilomètres. Les denrées périssables se gâtent avant d’atteindre les centres urbains, les patients gravement malades meurent faute d’évacuation rapide, et les prix des produits de première nécessité explosent. Dans les marchés de Bunia, Mungbwalu, Komanda, etc., certains produits importés ont connu des hausses de prix. Les agriculteurs ne savent plus comment écouler leurs récoltes. Les commerçants réduisent leurs activités. Les taxis-motos évitent certains tronçons, trop dangereux ou totalement impraticables.
La RN27 n’est donc plus simplement délabrée: elle est devenue un véritable facteur de pauvreté, d’isolement et de risque humanitaire.
La dimension fiscale: une route qui rapporte à l’État… quand elle fonctionne. Un élément souvent ignoré dans les débats est l’importance stratégique et fiscale de la RN27. Cette route alimente directement l’un des bureaux de douane les plus rentables du pays: la douane de Mahagi, point névralgique du commerce transfrontalier entre la RDC et l’Ouganda, et même transit. Chaque jour où la route est praticable, des centaines de tonnes de marchandises passent la frontière, générant pour l’État congolais des recettes douanières considérables. Ces recettes alimentent: le Trésor public, les finances provinciales, certains services étatiques, et une partie du fonctionnement administratif local.
Mais lorsque la RN27 devient impraticable, les effets sont immédiats et désastreux: les camions ne parviennent plus jusqu’à la frontière, les importations et exportations diminuent drastiquement, les recettes douanières chutent vertigineusement, l’État perd des milliards de francs congolais, certains opérateurs contournent la province par d’autres routes, etc. Ainsi, le non-entretien de la RN27 n’est pas seulement une perte pour la population: c’est une perte directe pour le budget national.
Une décision ministérielle qui perturbe, inquiète et appelle une clarification urgente
Dans ce contexte déjà fragile, la lettre du Ministre ordonnant la suspension du contrat de concession entre l’Office des routes et Good News Africa SARLU a fait l’effet d’un séisme. Comment suspendre un processus que la population attend depuis plusieurs années? Que signifie cette suspension? Est-elle temporaire, définitive, administrative, technique?
L’absence d’explication claire crée un climat de confusion. Ce plaidoyer adresse donc, avec respect et courtoisie, mais avec la fermeté qu’exige la situation, une demande de clarification à Son Excellence Monsieur le Ministre : revenir sur sa décision, ou, définir clairement la voie de sortie, les modalités de reprise, et la solution alternative envisagée. La population ne peut rester dans l’incertitude, et les enjeux économiques nationaux-notamment douaniers-ne permettent pas un prolongement du statu quo.
Appel solennel aux autorités et forces vives de l’Ituri
Au caucus des députés nationaux de l’Ituri à Kinshasa: C’est le moment d’agir vigoureusement pour votre province. L’Ituri attend que vous mettiez ce dossier en urgence nationale.
A Monsieur le Président de l’Assemblée Provinciale de l’Ituri: Le Parlement provincial est invité à s’emparer de ce dossier prioritaire, exiger des réponses officielles et défendre l’intérêt du peuple.
A Son Excellence Monsieur le Gouverneur Militaire de l’Ituri à Bunia: Vous êtes le premier garant de la stabilité opérationnelle et économique de la province. Votre implication directe est indispensable pour porter ce dossier à Kinshasa.
A la coordination de la Société Civile de l’Ituri: Votre rôle de vigilance et de mobilisation citoyenne est indispensable pour porter la voix du peuple.
A Monsieur le Président de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC)-Ituri à Bunia: Votre organisation doit alerter les autorités sur les pertes économiques colossales et le danger que représente la fermeture de facto de la RN27. Par la même occasion, présentez les pertes que vous subissez à cause de mauvais état route après avoir tout payé au gouvernement congolais.
A la population de la Province de l’Ituri: Votre unité, votre dignité et votre résistance sont admirables. L’Ituri doit continuer à se mobiliser pacifiquement pour défendre son droit au développement. N’oubliez pas que vous victimes de mauvais état de la route en payant plus lors de vos achats.
Recommandations pour éviter l’effondrement total
1. Restitution claire de la décision ministérielle avec explications officielles.
2. Révision ou levée de la suspension, si elle n’est pas fondée sur des irrégularités majeures.
3. Établissement d’un plan d’urgence pour remettre les tronçons les plus critiques en état.
4. Table ronde technique et politique incluant toutes les parties prenantes locales et nationales.
5. Communication régulière et transparente pour éviter la désinformation.
6. Protection des recettes douanières, vitales pour le fonctionnement de l’État.
En denitif, la balle est désormais dans le camp du Gouvernement central. L’Ituri ne demande pas un privilège, mais un droit: celui de circuler, commercer, se soigner, vivre. La réhabilitation de la RN27 est devenue un impératif moral, économique, sécuritaire et fiscal. Une urgence nationale. Les populations attendent un geste fort, une réponse claire et un engagement durable.
François AGENONG’A UMIRAMBE, Esprit patriotique
La conscience avant l’action
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